Volonté d’expansion de l’automédication

Au lendemain du 1er Forum de l’automédication organisé par l’AFIPA, Actualités Pharmacie vous présente dans cet article les problématiques actuelles relatives à l’automédication et la volonté de l’AFIPA à promouvoir les médicaments d’automédication.

En effet, lors de ce forum l’AFIPA (association professionnelle qui représente les industriels des médicaments d’automédication) a présenté ses huit propositions en faveur du développement de l’automédication en France qui serait actuellement placée en avant dernière position des pays européens (environ 7% du marché global contre 12% pour les autres pays de l’union) :

  1. Donner au patient dès le plus jeune âge une éducation à la santé,
  2. Valoriser l’automédication responsable auprès des patients en lançant une campagne institutionnelle d’envergure sur les bons réflexes à adopter,
  3. Clarifier l’offre des médicaments d’automédication avec un packaging adapté,
  4. Élargir le champ de l’automédication responsable à certains traitements chroniques sans gravité,
  5. Permettre aux patients d’accéder à des médicaments d’automédication déjà disponibles dans d’autres pays européens,
  6. Valoriser les médicaments d’automédication issus de déremboursements dans le parcours de soin en remplaçant le terme de SMR (Service Médical Rendu) insuffisant,
  7. Former au cours de leurs études les professionnels de santé à l’automédication responsable,
  8. Lancer une réflexion pour inciter les pharmaciens et convaincre les médecins à conseiller à leurs patients de recourir à l’automédication responsable.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins a défini l’automédication, dans son rapport de février 2001,  comme « l’utilisation, hors prescription médicale, par des personnes pour elles mêmes ou pour leurs proches et de leur propre initiative, de médicaments considérés comme tels et ayant reçu l’AMM, avec la possibilité d’assistance et de conseils de la part des pharmaciens. » Cependant, comme il est précisé dans ce rapport « bien que prise sans prescription médicale, l’automédication doit permettre la prise de médicaments adaptés à l’utilisateur, avec une information suffisante et pertinente de la part du fabricant et du distributeur, afin d’assurer la plus grande sécurité d’utilisation, la plus grande efficacité des soins et le meilleur service rendu aux patients au prix du moindre risque consécutif d’accident. » Le pharmacien d’officine joue donc ici un rôle primordiale dans « l’éducation » des patients, afin que leur décision soit avertie et rationnelle. En effet, il doit respecter :

  • Les dispositions du code de la santé publique (art R 5015-1) : « le pharmacien a un devoir particulier de conseil lorsqu’il est amené à délivrer un médicament qui ne requiert pas une prescription médicale. Il doit par des conseils appropriés et dans le domaine de ses compétences, participer au soutien apporté au patient ».
  • L’article 1 du protocole d’accord « Etat / Officine » : « dans l’exercice
    quotidien de leur profession, les pharmaciens d’officine s’engagent à renforcer la qualité de la dispensation des médicaments, notamment : en développant le conseil personnalisé et le suivi auprès des patients, dans les conditions de confidentialité adéquates, en favorisant le bon usage des médicaments ainsi que l’observance des traitements, en garantissant la validation des prescriptions dont ils assurent l’exécution afin de rechercher, en collaboration avec les médecins, la meilleure qualité des soins et la maîtrise de la consommation pharmaceutique. »

D’après L’OMS « l’usage rationnel des médicaments suppose que les patients reçoivent des médicaments adaptés à leur état clinique, dans des doses qui conviennent à leurs besoins individuels, pendant une période adéquate et au coût le plus bas pour eux-mêmes et leur collectivité » ; elle parle ainsi d’automédication responsable qui « consiste pour les individus à soigner leurs maladies grâce à des médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces dans les conditions d’utilisation indiquées ».

Cette notion de « responsabilité individuelle » a été reprise par l’AFIPA comme devise phare dans la promotion de l’automédication. L’un des arguments présenté lors de ce forum en faveur de l’automédication a été apporté par étude de CELTIPHARM visant à mesurer l’impact économique du délistage accompagné du déremboursement de médicaments étant d’ors et déjà dans cette situation dans d’autres pays de l’Union Européenne.

D’après le Professeur Gilles Bouvenot, membre du collège de la HAS (Haute Autorité de Santé) : « Si l’on veut avoir une idée encore plus positive de l’automédication, il faut pousser à la roue pour que véritablement on mette au point des produits destinés à l’automédication et non pas qui soient des produits sortant, quittant le panier de soin et service remboursable. » ; ceci permettrait, selon lui, d’enlever véritablement cet aspect de faux-médicament, d’autant plus si, comme le propose l’AFIPA, le terme de « Service médical rendu insuffisant » (SMRi) actuellement utilisé pour les médicaments déremboursés est remplacé par celui de « soumis à une prise en charge individuelle ».

Ce forum a donc bel et bien permis d’avancer sur de nombreux points, tels que l’éducation à la santé de tout un chacun permettant la mise en place d’une réelle prévention des risques liés à la consommation de médicaments potentiellement toxiques, ou bien même la valorisation des médicaments de conseils qui peuvent pour certains ne pas être pris au sérieux. Cependant, bien qu’apportant un soulagement nécessaire à l’économie de santé actuelle, il est légitime que l’on se pose la question si ces déremboursements, auxquels nous sommes déjà soumis depuis quelques années, ne représentent pas une charge supplémentaire aux patients, et si l’accès au soin ne devient pas ainsi inabordable pour une partie de la population. Ceci est d’autant plus préoccupant que ces vagues de déremboursement s’accompagnent systématiquement d’une augmentation des tarifs des mutuelles.

Sources : AFIPA, Conseil de l’ordre des médecins, OMS, Pharmaceutique, Celtipharm

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